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La biodiversité au cœur des enjeux de l’agriculture urbaine

Depuis des années, l’agriculture urbaine a le vent en poupe. Le réaménagement d’espaces urbains au profit de l’agriculture en circuit court est reconnu tant pour ses bienfaits alimentaires que sociétaux ou encore environnementaux. Mais une question subsiste. L’agriculture urbaine a-t-elle également une influence sur la biodiversité dans nos villes ? Si oui, dans quelle mesure ? On répond à ces questions dans cet article. 

Biodiversité urbaine, de quoi parle-t-on ?

La biodiversité urbaine représente l’ensemble des espèces végétales et animales évoluant au sein de l’espace urbain. Mais c’est aussi les interactions entre toutes ces espèces. Concrètement, il s’agit du tissu vivant d’une ville, quelle que soit son étendue.

Malheureusement, les espèces animales comme végétales sont affectées par l’urbanisation massive et le manque d’espaces naturels en ville. Leur milieu se modifie, et leur cycle de vie se réduit. Depuis quelques années, la biodiversité s’est donc immiscée dans les politiques publiques. Comment faire pour préserver cette richesse écologique et en limiter la régression trop rapide ?

Entre création et préservation d’écosystèmes

 

Pour les smart cities, le constat est maintenant clair : on ne peut plus étendre l’agriculture urbaine sans prendre en compte les enjeux de biodiversité.

L’importance des corridors écologiques

 

Pour permettre la survie des espèces et la préservation de la biodiversité, les administrations ont donc décidé de créer des corridors urbains biologiques. Késako ?

Il s’agit en fait de zones naturelles nichées au cœur des villes aidant les espèces animales à se nourrir, se reproduire... En implantant ces zones à des endroits clés, on crée des corridors permettant aux espèces d’évoluer sereinement malgré l’environnement urbain qui les entoure. On appelle aussi ces corridors les Trames vertes. C’est une des mesures prises au Grenelle de l’Environnement en 2007

Par exemple, il y a les jardins de la biodiversité qui fleurissent un peu partout à Montréal, notamment quartier Rosemont. Le but est d’y implanter en plus des cultures habituelles, des végétaux indigènes sans pesticides ou sans engrais pour attirer les espèces animales comme les oiseaux ou encore les papillons.

À  Paris sinon, de multiples toits végétalisés abritent maintenant des ruches. En 2015, la ville en comptait déjà 700. Les abeilles butinent les végétaux des alentours. Ça leur permet de plus facilement se féconder.

À  Austin au Texas cette fois, des étudiants ont créé un mur végétal modulable destiné à accueillir plusieurs espèces différentes. Chaque alvéole du mur offre des conditions de vie optimales et spécifiques. Papillons, lézards, insectes ou encore colibris s’y côtoient. Ce mur est à lui seul un écosystème taille réduite.

Enfin à Singapour, une façade d’hôtel entièrement végétalisée de 190 mètres de haut accueille 54 variétés de plantes, des insectes et même des écureuils.

Toutes ces mesures n’ont pas pour but de recréer la biodiversité naturelle – c’est encore impossible – mais plutôt de préserver celle existante et d’empêcher sa régression. 

Certaines villes profitent quand même de l’agriculture urbaine pour réintégrer des espèces menacées ou rares au paysage.

La réintroduction d’espèces patrimoniales

 

Les espèces protégées rares ou menacées avec un intérêt scientifique ou culturel évident sont nombreuses. On les appelle espèces « patrimoniales ». Est-il possible d’utiliser l’agriculture urbaine pour favoriser leur réintégration ? La tendance est en tout cas positive.

À Montréal par exemple, la ville a spécialement réintroduit le célèbre Melon de Montréal dans les cultures urbaines. Il avait disparu au 20ème siècle à cause de l’essor urbain du pays.

L’open data au service de la biodiversité

 

Réintroduction d’espèces patrimoniales, création de nouveaux écosystèmes… Toutes ces mesures sont un pas en avant pour la préservation ou la re-création de la biodiversité. Cependant, pour donner plus d’ampleur à cette démarche, les smart cities ont mis l’accent sur un atout de taille : la data.

Les données recueillies comme les types de cultures existantes ou leur localisation sont en effet inestimables. Elles permettent aux administrations d’obtenir une vue d’ensemble sur la biodiversité actuelle de leur ville.

Ensuite, ça sert aussi à optimiser cette biodiversité : savoir quelle culture privilégier ou encore où créer des habitats pour les espèces.

Par exemple, l’observatoire de l’Agriculture urbaine et de la Biodiversité d’Ile-de-France travaille en ce moment sur cette biodiversité, via cinq axes majeurs :

- Le maintien du tissu vivant des Trames vertes (les fameux corridors écologiques)

- La conversation de la biodiversité cultivée et des savoir-faire locaux

- La création d’habitats favorables pour les espèces via des aménagements attractifs (espaces sauvages, ruches, nichoirs à oiseaux…)

- Le maintien et la restauration de la qualité des sols (pour limiter les effets néfastes de l’urbanisation sur la biodiversité existante)

- La diminution de l’empreinte écologique

Des questions toujours en suspens

 

La biodiversité urbaine est, comme le développement durable, un sujet clé des politiques publiques de nos villes. Comment préserver la biodiversité tout en maintenant une qualité de vie optimale pour l’Homme ? Les deux enjeux vont-ils de pair, ou sont-ils contradictoires ? La création de corridors biologiques et l’open data semblent en tout cas apporter pour le moment une réponse adaptée. Car si l’Homme a toujours voulu dompter la nature au fil des siècles, il semble que les mentalités sont en train de changer. On s’oriente vers un équilibre Homme / Nature plus juste. Dans le futur, il faudra donc penser plus large : étendre si possible la biodiversité au lieu de se contenter de la conserver.

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