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Interview de Laurent Caudal, CEO de Yellogarden

"La première mission de Yellogarden est d'implanter des jardins potagers dans les lieux de ravail pour créer du bien-être et de la cohésion entre les membres de l'entreprise sur une longue période".

Bonjour Laurent Caudal, vous êtes fondateur de Yellogarden. Est-ce que vous pouvez nous présenter rapidement Yellogarden, son ambition ?

Le premier constat qui m’a donné l’idée d’initier ce projet est que dans un monde aujourd’hui, ultra-connecté où l’on a accès en temps réel à une multitude d’informations, où les réseaux sociaux permettent de garder un lien permanent avec proches ou amis plus lointains, où nous pouvons acheter à distance tous les produits et services que nous désirons, il y a un lien que nous avons perdu : le lien avec la nature. A travers Yellogarden, j’ai voulu concrétiser ma vision d’une ville esthétique et moderne dans laquelle les habitants peuvent jardiner au potager et ainsi se reconnecter à eux-mêmes et aux autres de manière très simple et ludique.

Le second constat, que j’ai pu observer lors de ma carrière en entreprise est  le désengagement croissant des salariés au travail, principalement à cause d’un sentiment de perte de sens dans un environnement où tout change très vite et où l’individualisation entraîne l’isolement.

La mission première de Yellogarden est donc d’implanter des jardins potagers dans les lieux de travail pour créer du bien-être et de la cohésion entre les membres de l’entreprise sur une longue période.

Pouvez-vous nous décrire votre business model (BtoC, BtoB,etc. ) ?

Nous adressons une cible exclusivement B2B, en particuliers, les entreprises, les promoteurs immobiliers et les Centres Commerciaux, en proposant des potagers indoor et outdoor qui favorisent le bien-être des salariés ou des usagers.

Notre principal défi, suite à l’installation du potager est de maintenir une activité continue et diversifiée au sein du potager afin de créer du lien et animer cet espace sur la durée. Cet accompagnement nous permet de nous positionner différemment par rapport à la plupart de nos concurrents qui privilégient la seule phase de conception et de réalisation.

 Nous avons ainsi structuré notre business model autours de 4 briques de services pour nos clients :

Conception : une étape initiale permettant, à partir de l’environnement et des besoins des clients et des futurs usagers de dessiner un plan paysager et de cadrer un dispositif cible d’animation du potager

Réalisation : une phase de gestion du chantier, d’aménagement ainsi que la fourniture du matériel et des plants

Accompagnement : l’animation du dispositif permettant de faire vivre l’espace potager et de créer du lien avec les usagers, cette étape comprend des séances de coaching par un jardinier professionnel ainsi que des ateliers ludiques plus complets sur le jardinage et le potager (vie du sol, semis, plantation, entretien, récolte, conservation…). A plusieurs moments de l’année, nous organisons avec eux des moments conviviaux pour consommer les récoltes (repas, tisanes, confitures…). Notre idée est de créer un team building permanent.

Services additionnels : nous proposons également à nos clients une large gamme d’animations supplémentaires (cours de cuisine vegan, tisanes…) ainsi qu’un panel d’outils de communication que nous pouvons mettre en place (vidéos, photos, communications, print…)

Dans l’entreprise, nous nous adressons aussi bien aux services RH, RSE, Moyens Généraux qu’aux CE ou aux Directions Générales.

Quels sont les retours  de vos premières expérimentations que vous avez eus auprès des entreprises et des collectivités locales ?

Avant de créer Yellogarden, j’ai expérimenté cette offre pendant 1 an dans le cadre d’un pilote au sein de l’incubateur de la CCIP (Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris) en installant un potager sur leur toits, Porte de Champerret et en animant des séances de coaching avec les collaborateurs du site.

Au départ, je n’étais pas sûr que cette activité serait facilement adoptée dans ce cadre très « corporate ». Mais dès la première séance, tous les collaborateurs ont été très investis et enthousiastes. Le potager était pour eux l’occasion de s’aérer l’esprit, de déconnecter des écrans et de partager un moment différent avec les membres de leur équipe. Une responsable, nous a par exemple confié qu’une nouvelle collaboratrice, habituellement très timide (et apparemment experte en botanique), s’était ainsi beaucoup mieux intégrée à son équipe grâce au potager d’entreprise.

Vous avez déjà réalisé plusieurs expériences d’accompagnement pour valoriser les potagers urbains dans les entreprises. Quelles sont les premières impressions que vous avez pu recueillir sur le rapport entre les collaborateurs d’une entreprise et la culture de la terre ?

En général, les personnes participant à ces ateliers n’ont pas de jardin et n’ont jamais eu les mains dans la terre. C’est souvent la seconde génération de citadins qui a toujours vécu en ville sans proximité avec la campagne et la terre. Il y a ainsi, une fascination pour ce processus un peu magique : on plante une graine et quelques semaines ou quelques mois plus tard, on obtient un légume que l’on peut déguster. Les collaborateurs sont en général très motivés pour apprendre et participer à la plantation, aux semis et à l’entretien du potager.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vouloir monter une startup sur les potagers et l’agriculture urbaine ?

Je suis profondément convaincu que l’être humain a un besoin essentiel de vivre en lien avec la nature et le végétal et qu’une grande majorité d’entre nous s’en est éloigné sans vraiment en avoir conscience. Aujourd’hui, les enjeux environnementaux mais également les enjeux de bien-être personnel et de vie collective nous conduisent à considérer à nouveau ce lien de manière forte.

Fort de cette conviction, je pense que c’est mon histoire personnelle qui m’a conduit à monter Yellogarden. J’ai grandi dans un endroit très vert en Bretagne où mon père entretenait un jardin potager et à travers lequel il m’a transmis beaucoup de choses. Jeune adulte, je suis ensuite venu travailler à Paris pour de grandes entreprises dans le domaine de la gestion. J’y ai passé 12 années pendant lesquelles je me suis beaucoup épanoui professionnellement. A l’approche de la quarantaine, j’ai eu en moi le désir de créer ma propre entreprise, une entreprise originale permettant de créer du sens en mêlant à la fois les métiers classiques du jardin et celui de l’accompagnement des citadins à la connaissance du végétal. En cohérence avec mon passé professionnel, il m’a paru assez naturel de continuer à travailler avec des entreprises et d’y apporter une solution originale.

Cultiver la terre, développer l’agriculture en ville ne sont pas en soit des nouveautés. On observe cependant un intérêt grandissant pour ces pratiques.  Qu’est ce qui selon vous explique aujourd’hui cet engouement pour l’agriculture urbaine ?

Depuis quelques années, nous observons, en parallèle du "tout digital", la montée d'un mouvement à contre-courant, porté par un besoin de retour à des choses plus simples, plus concrètes et plus ressourçantes . Les citadins souhaitent ainsi de plus en plus réinvestir leurs lieux de vie (habitat, travail, espace public) et recréer des liens humains simples, chaleureux et en lien avec la nature.  Les jeunes générations sont les plus sensibles à ce besoin. Selon une étude de la Chaire Immobilier et Développement Durable de l'ESSEC, réalisée en 2014 auprès d'un échantillon représentatif de 1000 étudiants français, une ville intelligente doit être en harmonie avec son environnement naturel pour 62% d'entre eux. 42% seraient même prêts à refuser un emploi dans une ville si la nature n'était pas assez présente.

Cette grande tendance, qui est mondiale, cristallise tous les grands thèmes de notre époque que sont la protection de l’environnement, le manger sain ou la vie en société.

 

Vous pouvez retrouver toutes les informations de la société sur le site  www.yellogarden.com

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