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COP22 : La société civile en marche !

Si rien de véritablement concret n’a été proposé par les états lors de la COP22 à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016, la société civile par contre, porteuse d’initiatives et de solutions concrètes, mais aussi d’études, d’analyses et de projections à long terme, reste très engagée. Une vitalité que l’on pouvait ressentir en déambulant dans les allées des tentes réservées aux acteurs non étatiques.

Engagements citoyens

COP 22 Hub smart City Agora d’expression de tous les acteurs non étatiques impliqués dans la lutte contre le changement climatique, la zone verte accueillait dans de gigantesques tentes sur un total d’environ 30 000 m² les espaces «Innovations» et «Société civile» en faveur de l’environnement. Dans les stands on pouvait constater la diversité des porteurs de projets : ONG, associations, universités, collectivités locales, centres de recherche, organisations publiques, entreprises (dont certaines multinationales manifestement en quête de « green washing »), syndicats, mais aussi artistes, scientifiques et chercheurs venus du monde entier. Un programme riche en conférences, expositions, ateliers de présentation, sensibilisation et partage de connaissances. Au milieu des grandes allées se tenaient des débats publics sur de petits gradins circulaires sur lesquels le public pouvait s’assoir autour des conférenciers présentant leurs projets. Des évènements parallèles se tenaient aussi dans la ville. Selon Driss El Yazami, chef du pôle société civile au sein du comité de pilotage de la COP22, « 500 associations ont été présentes à Marrakech. Issues de 60 nationalités différentes, ces ONG ont animé 680 activités. La zone verte qui hébergeait ces ONG et leurs actions a reçu 24.000 visiteurs par jour ».

Une Cop Africaine

Parmi les avancées remarquées de la COP22, certaines avaient été initiées lors de précédentes conférences climat ou de rencontres parallèles. C’est par exemple le cas de « l’initiative africaine pour les énergies renouvelables » (IAER) mise en place lors de la COP21, et particulièrement soutenue par sa présidente Ségolène Royal, qui avait fait le déplacement à Marrakech pour soutenir cette action. L’objectif de l’IAER est d’augmenter la capacité du continent africain en énergie renouvelable locale de 10 GW d’ici 2020 et de 300 GW d’ici 2030. Neuf pays (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Pays-Bas, Royaume-Uni, Suède) plus la Commission européenne se sont ainsi engagés à mobiliser 10 milliards de dollars entre 2016 et 2020 pour atteindre cet objectif (la France s’engageant pour 2 milliards d’euros). Un rapport produit à l’issue de la COP21 (disponible ici) présente 240 projets portant sur les énergies renouvelables. Entretemps, leur nombre a été porté à 400 par la Banque africaine de développement (BAD), en charge de coordonner l’utilisation de ces flux financiers en étroite collaboration avec l’Union africaine (UE). L’Afrique, à l’aube d’une croissance sans précédent, a été largement évoquée, dans le domaine des énergies renouvelables, mais aussi dans celui de l’eau, de l’agriculture et de l’utilisation des terres ou du développement de villes résilientes et inclusives. En effet, l’Afrique est le continent du monde à l’urbanisation la plus rapide, et sa population urbaine devrait passer de 472 millions à 659 millions d’ici 2025, et à 1 milliard d’ici 2040.

Signaux faibles

Dans l’économie réelle, il apparaît évident qu’un nombre croissant d’investisseurs et d’entreprises, toutes tailles confondues, intègrent le changement climatique dans leurs processus décisionnaires. La base de données NAZCA (pour Non-State Actor Zone for Climate Action) recense plusieurs milliers de ces acteurs. Mais en échangeant avec les participants de la zone verte, nous avons découvert des tendances émergentes, des signaux faibles qui nous semblent intéressants à mentionner. Tout d’abord, on sentait pour beaucoup que l’humain, le développement personnel (le leur pour commencer), et une solidarité sincère motivaient leur démarche. Avant de vouloir « sauver la planète », ces personnes commençaient par se repenser, bien souvent en rupture avec un premier métier ou une carrière établie dans laquelle ils ne se reconnaissaient plus. Beaucoup s’impliquent à une échelle d’abord locale. On change ici et maintenant. Comme Hassan Aslafy, créateur de L'Orange Bleue Maghreb, une organisation marocaine atypique dont la mission est de « lutter contre la pauvreté et la fatalité, contre l'ignorance et la violence, elle s'appuie sur de nouveaux modèles d'actions fondés l'empowerment social, la promotion du leadership coopératif, le lien entre changement personnel et social,  l'écocitoyenneté active et la permaculture ». Des jeunes qui poursuivent des études supérieures, sortis d’écoles d’ingénieur, de commerce ou des universitaires comptent bien utiliser leurs connaissances pour s’investir dans des futurs plus désirables. Ils veulent réussir, ont une âme d’entrepreneur, sans être carriéristes. Comme Taha Ait Lamine, président de l’association Horizons, qui œuvre concrètement pour la valorisation de la ville de Mohammedia dans trois volets : social, culturel et environnemental. L’éducation des jeunes et le statut des femmes étaient aussi mis en lien avec le changement climatique. L’entrepreneuriat solidaire et social se développe bien au Maroc.

Changer de storytelling

Ce mélange de genres qui intègre le changement climatique dans un système global de représentations et d’actions, basé sur le chemin singulier de « vrais gens » qui pensent « out of the box » contrastait avec les représentations lisses et stéréotypées des images généralement utilisées lorsqu’on aborde le sujet du changement climatique. Cette question de l’iconographie du changement climatique était brillamment posée par le Dr Adam Corner, directeur de recherche chez Climate Outreach. Il présentait les résultats instructifs d’une enquête qu’il a menée avec une équipe de chercheurs sur la perception des images associées au changement climatique. Il en ressort la relative pauvreté des approches. Principalement, deux thématiques prévalent aujourd’hui : la peur coupable de l’imminence d’un danger (catastrophes naturelles, pollution et destructions causées par l’homme, raréfaction des ressources etc.) ou les congratulations de dirigeants et responsables lors de meetings comme les COP, sur fond de drapeaux. Mais ces discours attendus ne portent pas. Les lecteurs ou les spectateurs tendent à les rejeter du fait qu’ils ne correspondent en rien à leur vécu, y compris pour des activistes ou des acteurs du changement. On a besoin d’authenticité et de sincérité pour toucher l’autre. Sur le site ClimateVisuals.org dédié à ce sujet, on trouve ainsi une banque interactive d’images pour inspirer les journalistes, les bloggers et les communicants et finalement nous inviter à repenser le changement climatique sous différents points de vue.

La prochaine COP23 se déroulera au siège de l'UNFCCC à Bonn, mais sous la présidence fidjienne, du 6 au 17 novembre 2017. Les îles Fidji sont en effet peu pratiques pour accueillir un événement de cette ampleur, surtout dans des conditions d’exemplarité écologique. Néanmoins, cette COP23 est déjà pressentie par divers observateurs comme une conférence de transition avant la mise en application de l'Accord de Paris prévue pour 2018. C’est donc la COP24, d’ores et déjà annoncée en Pologne, qui devrait plus vraisemblablement voir les états s’engager plus avant. Entretemps, nul doute que la société civile poursuive discrètement mais efficacement son inlassable travail de fond.


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